Le monde, mercredi 28 février 2018 – « Bangkok connaît à son tour de sérieux pics de pollution » (Côme)

, par Frédéric Prevel

Le monde, mercredi 28 février 2018 – « Bangkok connaît à son tour de sérieux pics de pollution »

La ville de Bangkok, capitale de la Thaïlande (pays situé en Asie du Sud-Est) doit relever aujourd’hui un nouveau défi qu’est celui de la pollution. Cette zone urbaine d’envergure mondiale, reflet de la dynamique économique de son pays, a pourtant suivi un sentier de développement que l’on pourrait qualifier de « paradoxal » : d’abord un modèle en terme de lutte contre la pollution - après sa phase d’émergence, fin des années 1990 - elle s’est par la suite transformée en ville symbole de l’actuelle mondialisation, où le développement économique et la hausse du niveau de vie des populations semblent être difficiles à concilier avec l’idée de préservation de l’environnement. Ainsi, comme le présente Bruno Philip, - auteur de cet article – ce pic de pollution est la conséquence de plusieurs actions sur leurs territoires des différents agents économiques et sociaux résidents : la hausse « exponentielle » de la consommation de biens d’équipement, plus particulièrement de véhicules, que l’économiste Jean Fourastié qualifie de caractéristiques dans une situation de prospérité économique (La France des Trente Glorieuses, 1979, NDLR). La hausse de la consommation en biens d’équipements entraîne de facto une augmentation de la pollution (notamment du taux de particules fines PM2,5, les plus néfastes pour le corps humain). Il est d’autant plus intéressant de constater que pour le rédacteur de l’article, il exsite une étroite corrélation entre la « hausse du niveau de vie » et la « possession d’un véhicule ». Il reprend une thématique sur laquelle les économistes se sont intéréssés, à savoir la consommation ostentatoire, formalisée par les travaux de Thorstein Veblen : consommer est un moyen de montrer à autrui sa « richesse » économique. D’autres phénomènes sont en outre évoqués par l’auteur (concentration de gratte-ciel, de sites industriels bordant la ville), lui faisant dire que l’effet produit est « cumulatif ». Autrement dit, le pic de pollution possède des explications plurifactorielles. Les sources du phénomne engendré doivent être prises en compte par les pouvoirs publics, – en l’occurrence, l’Etat thaïlandais est un régime non démocratique – qui tentent désormais tant bien que mal de mettre en place des politiques publiques de lutte contre la pollution. Les spécialistes préconisent des mesures phares aujourd’hui reprises par plusieurs par pays (mais pas forcément appliquées), à savoir la proposition de mettre en place une circulation alternée. Outre un défi environnemental, l’enjeu climatique devient un enjeu politique : il lie le défi de la lutte contre ka pollution à la stabilité politique, économique et sociale du pays.
En somme, la lutte contre la pollution doit être analysée plus globalement comme un défi à relever à l’échelle mondiale. L’Asie du Sud-Est n’est en réalité que le reflet de la tendance générale qui sévit actuellement. Pour ce faire, la mobilisation doit être intégrale. Mais pour cela, cette thématique doit en premier lieu être identifiée sur les « agendas » des Etats en tant que problème à résoudre. La mise sur agenda peut par la suite donner lieu à des mesures fécondes, bien qu’elle nécessite une synergie efficace entre pouvoirs publics, agents économiques et le reste des forces décisionnelles (associations, partis politiques, organisations non gouvernementales…)